Les missions de santé publique, vitales et nécessaires
Le projet de loi 7 propose de fusionner l’Institut national de santé publique (INSPQ) et l’Institut national d’excellence en santé et services sociaux (INESSS), pour créer l’Institut québécois de santé et de services sociaux (IQSSS). C’est un changement radical, dont il faut peser les conséquences pour le réseau de santé publique, afin que ses missions nécessaires continuent à s’exercer sans ruptures ni entraves.
Dans sa forme actuelle, le projet de loi 7 fait silence sur les fonctions et les missions de santé publique. Le mandat de l’IQSSS est tourné de manière presque exclusive vers le système de soins et de services sociaux. Les besoins de ce système sont immenses, mais ils seront d’autant plus grands qu’on ne protège pas la santé de la population des menaces qui la guettent ou qu’on ne favorise pas des mesures susceptibles de l’améliorer.
Les bénéfices de l’intégration dans une nouvelle structure se dissiperaient donc rapidement s’il fallait que les ressources manquent pour les tâches vitales des experts de santé publique ou que leur capacité d’agir face aux menaces à la santé soit freinée par des contraintes organisationnelles. Nous croyons que les chances de réussite seront d’autant plus élevées que la loi aura instauré un environnement favorable à la santé publique et à sa pratique, de manière explicite.
Sans les ressources scientifiques et la capacité d’analyse et de conseil propres aux équipes de l’INSPQ, les responsables politiques et les autorités de santé publique risquent de se trouver dépourvus quand ils feront face à des urgences sanitaires, qu’il s’agisse de la résurgence des maladies infectieuses, de la dissémination de nouveaux virus ou d’évènements climatiques en cascade. Les autres fonctions de santé publique pourraient aussi être mises à mal, faute d’un soutien adéquat.
Le modèle de l’Institut s’inscrivait dès l’origine dans une perspective d’économie d’échelle et d’efficience. Il faut s’assurer de préserver les aspects positifs de ce modèle, notamment en protégeant les modes d’organisation du travail qui permettent à des experts de multiples spécialités d’œuvrer ensemble à la résolution des problèmes, en limitant les va-et-vient entre les institutions concernées par la santé publique.
Dans cet esprit, il est particulièrement important de conserver des liens directs et étroits entre le futur IQSSS, la Direction nationale de santé publique au sein du ministère de la Santé et des Services sociaux et les deux grands laboratoires de santé publique aujourd’hui intégrés aux activités scientifiques de l’INSPQ : le Centre de toxicologie du Québec et le Laboratoire de santé publique du Québec. Un changement de vocation de ces laboratoires ultraspécialisés pourrait aussi avoir des conséquences importantes, voire irréversibles, sur la santé de la population québécoise.