Dévoilement de la violence sexuelle
On parle de dévoilement lorsqu’une personne victime de violence sexuelle partage à une autre personne la situation qu’elle a vécue, que ce soit de manière formelle, informelle, délibérée, spontanée ou en réponse à une invitation à le faire 1. Une personne peut dévoiler ce qu’elle a vécu à une personne de son entourage (p. ex. amie ou ami, partenaire intime, membre de la famille), à la police, à une professionnelle ou un professionnel (p. ex. médecin, infirmière, psychologue, travailleuse ou travailleur social) ou à toute autre personne. De nombreuses personnes victimes choisissent toutefois de ne pas dévoiler ce qu’elles ont subi, et ce, pour de nombreuses raisons.
Il n’existe pas d’indices spécifiques qui permettent de savoir avec certitude si une personne a été victime d’agression sexuelle, sauf dans les cas où il y a eu présence de témoins. De manière générale, le seul signe clair qu’une agression sexuelle a été commise est un dévoilement par la personne victime.
Obligation de signalement pour les enfants
Au Québec, toute personne adulte qui a des motifs raisonnables de croire qu’une ou un enfant est victime de violence sexuelle a l’obligation de le signaler immédiatement à la Direction de la protection de la jeunesse (DPJ) de sa région. Il n’est pas nécessaire d’avoir la certitude que la violence sexuelle a eu lieu. La DPJ s’assurera de prendre le signalement, de l’évaluer et de s’assurer que l’enfant obtient le soutien nécessaire.
Pour ce faire, contactez la DPJ de votre région, 7 jours sur 7, 24 heures sur 24. En cas d’urgence, composez le 9-1-1.
Signalements à la police
Il arrive couramment qu’une personne victime qui dévoile une ou des expériences de violence sexuelle à une personne de son entourage décide de ne pas signaler l’événement à la police. On estime que seulement 5 à 6 % des agressions sexuelles sont déclarées à la police chaque année2,3. Les données policières ne sont donc pas représentatives du nombre réel de cas survenant dans une population.
Répartition des personnes victimes d'infractions sexuelles, selon le délai de signalement à la police, 2020a
aDonnées actualisées
Source : ministère de la Sécurité publique. Données du Programme de déclaration uniforme de la criminalité (DUC)
Parmi toutes les infractions sexuelles déclarées par la police (ce qui inclut les agressions sexuelles et les autres infractions d’ordre sexuel), un peu plus de la moitié des personnes victimes ont rapporté l’évènement dans un délai de plus d’un mois (30 jours). Parmi celles-ci, une proportion considérable l’a fait plus d’un an après avoir subi l’évènement5.
Même dans les cas où l’agression sexuelle est rapportée à la police, le signalement ne met pas toujours fin à l’agression sexuelle et ne conduit pas nécessairement à une enquête formelle6, ce qui explique, pour certaines et certains, leur décision de ne pas signaler l’évènement ou les évènements vécus à la police.
Les raisons évoquées pour ne pas faire un signalement à la police sont diverses. Y figurent la volonté de ne pas être embêtée ou embêté par la police ou le processus judiciaire et de ne pas vouloir que d’autres personnes soient au courant de l’évènement. Certaines personnes peuvent également avoir des préoccupations au sujet du processus formel de plaintes, de la police et du processus judiciaire (p. ex. croire que le signalement ne ferait pas de différence, que la police jugerait que l’incident n’est pas assez important ou que la personne auteure ne serait pas reconnue coupable ni punie de façon adéquate)2,3,7,8.
Processus complexe
Le dévoilement est un processus complexe, interactif et graduel qui se déroule tout au long de la vie; il ne s’agit pas d’un évènement unique9–12. Pour les personnes victimes qui dévoilent une ou plusieurs expériences de violence sexuelle à l’âge adulte, ce processus implique notamment le fait de peser les bénéfices et les risques associés à ce dévoilement 11, de décider de parler de ce qu’elles ont vécu pour la première fois à une autre personne puis, selon la façon dont le premier dévoilement a été reçu, de décider d’en reparler, ou non, à d’autres personnes.
Facteurs associés au dévoilement
Bien que la décision de dévoiler soit un choix personnel, plusieurs facteurs influencent la probabilité de dévoiler la violence sexuelle subie à une personne de son entourage ou à la police13. Par exemple, la minimisation de l’évènement ou des évènements vécus, la crainte de ne pas être crue, des sentiments de honte et de culpabilité, la crainte des conséquences négatives sur soi ou sur les autres, la crainte du processus judiciaire ou des contacts avec la police sont tous des facteurs pouvant influencer le dévoilement2,3,14,15. Pour en savoir plus, consultez nos pages :
- Dévoilement de la violence sexuelle vécue pendant l’enfance
- Dévoilement de la violence sexuelle vécue à l’âge adulte
Recevoir un dévoilement
Le dévoilement d’une violence sexuelle, qu’il soit fait à l’enfance ou à l’âge adulte, peut susciter diverses réactions chez les personnes qui le reçoivent. La nature de ces réactions a un impact important sur les personnes victimes, puisque le fait de recevoir des réactions positives peut favoriser leur rétablissement et leur capacité d’adaptation16,17, alors que des réactions négatives peuvent nuire à leur rétablissement, augmenter leur sentiment de honte et nuire à leur recherche d’aide18,19.
En savoir plusRecevoir un dévoilement
Dévoilement sur les réseaux sociaux
Au Québec, les mouvements comme #MoiAussi ont contribué à modifier la manière dont la violence sexuelle est abordée dans l’espace public et à souligner le caractère sociétal de cet enjeu. Le désir de se faire entendre, de reprendre le contrôle sur leur histoire, de rechercher du soutien, ou de sensibiliser la population explique pourquoi les personnes victimes et survivantes partagent leurs expériences sur les médias sociaux. Ces dévoilements peuvent entraîner leur lot de conséquences bénéfiques, mais aussi néfastes, sur leur santé mentale et leur sécurité.
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Références
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