Lunette climatique
Un outil pour une intégration transversale des changements climatiques en santé publique
Bienvenue dans la Lunette climatique, un outil de mobilisation interactif et clé en main pour les acteurs et actrices en santé publique!
Commencez par consulter le document Questions et réponses pour découvrir comment utiliser la Lunette climatique et en savoir plus sur sa conception. Vous y retrouverez également le glossaire ainsi que la liste des sigles et acronymes.
- Parcourez les fiches informatives à l’aide des menus déroulants ci-dessous pour explorer les liens entre les changements climatiques et la santé publique.
- Compilez vos réflexions dans la grille d'analyse pour identifier les opportunités de considérer les changements climatiques et l'équité dans vos pratiques professionnelles.
Bonne exploration!
Pour toute question, communiquez avec nous à : formations.cc@inspq.qc.ca.
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Alimentation et systèmes alimentaires,
Accès aux aliments
Mise en contexte
- L’accès aux aliments peut être défini comme l’adéquation entre l’offre alimentaire d’un territoire avec les caractéristiques de sa population et ses besoins alimentaires1. L’accès aux aliments comporte cinq dimensions :
- La disponibilité concerne l’offre alimentaire ou le nombre et le type des lieux d’approvisionnement sur un territoire donné1.
- L’accessibilité physique ou géographique concerne l’accessibilité des lieux d’approvisionnement (p. ex. distance, moyens de transport, caractéristiques du parcours pour accéder au lieu)1.
- L’accessibilité économique réfère à l’adéquation des prix des aliments, incluant le coût pour y accéder, avec le budget disponible des consommateurs et consommatrices pour les dépenses alimentaires1,2.
- La commodité réfère à la relation entre l’aménagement, l’organisation et les modalités d’accès aux lieux d’approvisionnement et les préférences, les capacités et les besoins des consommateurs et consommatrices1.
- L’acceptabilité concerne l’adéquation entre le lieu d’approvisionnement ou les aliments qui s’y retrouvent avec les préférences, les valeurs et les croyances de la clientèle1.
- Ces dimensions sont cohérentes avec la définition de la sécurité alimentaire. La sécurité alimentaire signifie que chacun et chacune peut se procurer, en tout temps, une quantité suffisante d’aliments sains et nutritifs pour mener une vie saine et active3. Ces aliments doivent également être acceptables sur les plans personnel et culturel et obtenus par des moyens socialement acceptables et respectueux de la dignité humaine4.
- L’insécurité alimentaire est associée à des carences nutritionnelles, des risques périnataux, des maladies cardiovasculaires, du diabète, des problèmes de santé buccodentaire et la dépression. L’insécurité alimentaire affecte la capacité à s’épanouir socialement à tout âge et compromet le développement social des enfants3,5,6.
- Une proportion importante de la population québécoise habite un secteur ayant un faible accès aux commerces alimentaires2. La présence de supermarchés à proximité de la résidence est associée à une plus grande consommation de fruits et légumes, alors que la présence de plusieurs dépanneurs est associée à une consommation moindre de fruits et légumes7.
- Les déserts alimentaires sont des secteurs économiquement défavorisés et caractérisés par un faible accès à des commerces offrant des aliments de haute valeur nutritive2,3.
Survol des liens avec les changements climatiques (CC)
- À l’échelle mondiale, les CC perturbent les systèmes alimentaires, notamment en diminuant les rendements et en augmentant les pertes agricoles (consulter la section « Alimentation locale et systèmes alimentaires territoriaux »). Cela contribue à la hausse et à l’instabilité du prix des aliments, créant un effet négatif sur la disponibilité et la stabilité de l’offre alimentaire3. Les CC contribueront à la hausse de prix de certaines denrées de base, notamment les céréales3,8.
- Les CC, particulièrement les événements météorologiques extrêmes (EME), affectent aussi l’accessibilité physique et la disponibilité des aliments. Les précipitations extrêmes, les inondations et les vagues de froid ou de chaleur peuvent constituer des obstacles au déplacement des personnes et des denrées, et perturber les réseaux de transport, notamment les transports en commun, pour accéder aux sites de distribution au détail3,5.
- Les EME pourraient affecter les infrastructures et les services liés à l’entreposage, à la distribution et à la vente au détail3.
- L’alimentation saine a une empreinte carbone généralement plus faible qu’une alimentation défavorable à la santé9 (consulter la section « Alimentation végétale et peu transformée »). L’accès à des aliments sains est toutefois une condition essentielle à l’adoption d’une saine alimentation.
Quelques enjeux liés aux inégalités sociales de santé (ISS)
- Certains ménages qui ont des ressources financières limitées rencontrent davantage de difficultés pour se procurer des aliments sains, de qualité et selon leurs préférences. L’augmentation des prix des aliments reliée au contexte de CC pourrait favoriser l’achat d’aliments moins coûteux dont la qualité nutritionnelle est plus faible (p. ex. aliments ultratransformés), ce qui pourrait entraîner des conséquences négatives sur la santé3.
- La disponibilité et l’accessibilité géographique à différents types de commerces d’alimentation varient selon le niveau de défavorisation matérielle du secteur2. Un faible accès aux commerces vendant des aliments sains pourrait s’avérer plus problématique pour les personnes les moins fortunées, s’ajoutant aux autres problèmes d’accès économique vécus par celles-ci (p. ex. prix plus élevé de certains aliments sains, coûts reliés au logement et au transport)6.
- Le manque de ressources financières constitue la principale cause de l’insécurité alimentaire6 :
- Les ménages les plus à risque de vivre en situation d’insécurité alimentaire comprennent les ménages à faible revenu, les ménages ayant des enfants (particulièrement les ménages monoparentaux avec une femme à leur tête), les ménages locataires, les adultes vivant seuls âgés de 60 à 64 ans et les ménages issus de l’immigration récente6.
- Les ménages autochtones, particulièrement ceux du nord du Québec, sont plus fréquemment exposés à l’insécurité alimentaire notamment en raison du prix très élevé des aliments importés par avion et des défis d’accès aux aliments traditionnels3. Ces inégalités se creuseront davantage avec les effets des CC3.
- Certaines situations peuvent également contribuer à limiter l’accès aux aliments, augmentant ainsi les risques de vivre en situation d’insécurité alimentaire, telles les problèmes de santé physique ou mentale, une situation de handicap, l’isolement social ou le fait d’habiter dans un désert alimentaire6 :
- Dans un contexte de CC, les personnes en situation de handicap, celles qui vivent dans des déserts alimentaires et les personnes aînées pourraient être plus fortement affectées par les impacts des perturbations liées aux transports, limitant ainsi leur accès physique aux aliments3.
Pistes d'action en santé publique
(P = provincial, RL = régional ou local)
Les professionnels et professionnelles en santé publique peuvent :
- collaborer à la planification et à la mise en œuvre d’initiatives visant l’accès physique et économique aux aliments sains et durables pour tous et toutes, afin de ne pas accentuer les ISS, en incluant la promotion de la consommation des aliments protéinés d’origine végétale (p. ex. les Tables intersectorielles régionales en saines habitudes de vie)9 (RL);
- promouvoir la mixité des usages et l’accès aux services de base, notamment dans les quartiers défavorisés, les secteurs urbains et ruraux géographiquement isolés (cela permet notamment un meilleur accès physique et économique aux commerces d’aliments frais et nutritifs)9 (P, RL);
- soutenir l’offre d’aliments sains à bas prix dans les commerces de proximité, notamment par la mise en place d’incitatifs financiers pour les propriétaires de commerces de proximité et de mesures de soutien sur les plans technique (p. ex. par le biais d’expertise-conseil), matériel (p. ex. prêt d’équipement), financier (p. ex. subvention), etc.10 (P, RL);
- collaborer à des initiatives d’autonomie alimentaire favorables à la résilience des communautés en contexte de crise et en promouvoir les bénéfices multiples sur les plans de la culture, de la santé et de l’environnement (p. ex. promotion du zonage agricole adapté à l’agriculture durable, jardins collectifs, marchés publics, cuisines collectives et communautaires)9 (P, RL);
- soutenir et accompagner les initiatives d’économie sociale (p. ex. épicerie solidaire) visant à rendre accessibles et à coût abordable des aliments sains, durables et locaux pour les personnes en situation de précarité économique9 (P, RL);
- soutenir la réalisation des plans de communautés nourricières adoptés par les municipalités et les MRC, lesquels visent à développer un système alimentaire local, durable et résilient, notamment en renforçant l’accès physique et économique à des aliments sains et durables à l’ensemble d’une population9 (consulter la section « Alimentation locale et systèmes alimentaires territoriaux ») (P, RL);
- favoriser la réalisation d’évaluations d’impact sur la santé (EIS) sur les projets municipaux en ayant une considération particulière à l’évaluation de la composante de l’accès physique et économique aux aliments sains, à la mixité des usages et l’accès aux services de base et aux options de mobilité durable9 (RL);
- collaborer aux politiques publiques qui favorisent l’accès aux aliments (disponibilité, accessibilité physique ou géographique) notamment par la réalisation d’évaluations d’impact sur la santé9 (P, RL);
- soutenir l’élaboration et la mise en œuvre d’un programme d’alimentation scolaire universel (c.-à-d. un programme gratuit ou à coûts partagés qui offre du soutien alimentaire, dont un repas à tous les élèves) basé sur une alimentation saine et durable selon les orientations du Guide alimentaire canadien9 (P);
- faciliter la concertation en lien avec la sécurité alimentaire dans les milieux concernés9 (RL);
- participer à des actions menées par et pour les Premières Nations et les Inuit permettant d’atteindre et de maintenir une sécurité alimentaire, en améliorant, entre autres, l’accès aux aliments traditionnels9 (P, RL).
Considérations importantes
- Autres considérations :
- La stigmatisation ou le sentiment de honte, le manque d’information, le sentiment de ne pas être suffisamment dans le besoin et l’accessibilité ont été identifiés comme des obstacles à la fréquentation des banques alimentaires6.
- La réduction de l’insécurité alimentaire ne devrait pas uniquement reposer sur des stratégies axées sur l’accès à la nourriture, bien que cela puisse atténuer la situation, puisque l’insécurité alimentaire reflète avant tout une défavorisation économique. Un éventail de stratégies pour réduire et prévenir l’insécurité alimentaire est nécessaire, telles que l’amélioration substantielle du filet de protection sociale et des politiques économiques et de redistribution visant à réduire la pauvreté6.
- Les interventions visant à accroître la disponibilité et l’accès géographique aux aliments sains doivent également comprendre des stratégies pour renforcer l’accès économique à ceux-ci afin de contribuer à des changements durables10.
- Levier :
- Les programmes d’alimentation scolaire comportent de nombreux bienfaits pour la santé et le bien-être des enfants, notamment par la réduction de l’insécurité alimentaire. Plus un programme d’alimentation scolaire est accessible et favorise la participation élevée, moins il devient stigmatisant pour les jeunes qui l’utilisent6.
Idées de parties prenantes à impliquer
- Ministères et organismes concernés : MESS, MAPAQ, MELCCFP, MSSS, MEQ, MFA, MAMH, INSPQ, Santé Québec, etc.
- Organismes et collectifs liés à l’alimentation saine et durable, à la sécurité alimentaire et à l’agroalimentaire : Tables intersectorielles régionales en saines habitudes de vie, Table québécoise sur la saine alimentation, Regroupement des cuisines collectives du Québec, Banques alimentaires du Québec, La cantine pour tous, centres d’amitié autochtone, etc.
- Municipalités, MRC, communautés métropolitaines et communautés autochtones
- Regroupements citoyens et associations de quartier
- Services alimentaires (notamment des milieux scolaires, éducatifs et de vie) : CPE, écoles, centres d’hébergement, etc.
- Industries alimentaires (incluant les producteurs et productrices, les transformateurs et transformatrices ainsi que les distributeurs et distributrices) : Association des détaillants en alimentation du Québec, Association québécoise de la distribution des fruits et légumes, Association restauration Québec, Conseil de la transformation alimentaire du Québec, Union des producteurs agricoles, etc.
Références
- Jalbert-Arsenault E, Fafard A. Analyse de l’évaluabilité de projets visant à favoriser l’accès physique et économique à la saine alimentation [En ligne]. Québec, Canada : Institut national de santé publique du Québec; 2025. Disponible : https://www.inspq.qc.ca/publications/3713
- Robitaille E, Bergeron P. Accessibilité géographique aux commerces alimentaires au Québec : analyse de situation et perspectives d’interventions [En ligne]. Québec, Canada : Institut national de santé publique du Québec; 2013. Disponible : https://www.inspq.qc.ca/publications/1728
- Harper SL, Schnitter R, Fazil A, Fleury M, Ford J, King N, et al. Salubrité et sécurité des aliments [En ligne]. Dans La santé des Canadiens et des Canadiennes dans un climat en changement : faire progresser nos connaissances pour agir. (P. Berry et R. Schnitter). Canada : Gouvernement du Canada; 2022. Disponible : https://changingclimate.ca/health-in-a-changing-climate/fr/chapter/8-0/
- Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux de la Capitale-Nationale [En ligne]. Québec, Canada : Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux de la Capitale-Nationale; s. d. Qu’est-ce que la sécurité alimentaire? Disponible : https://www.ciusss-capitalenationale.gouv.qc.ca/sante-publique/inegalites-sociales-sante/securite-alimentaire
- Demers-Bouffard, D. Les aléas affectés par les changements climatiques : effets sur la santé, vulnérabilités et mesures d’adaptation : synthèse des connaissances. Québec, Canada : Institut national de santé publique du Québec; 2021. Disponible : https://www.inspq.qc.ca/publications/2771
- Observatoire québécois des inégalités [En ligne]. Québec, Canada : Observatoire québécois des inégalités; 2022. La faim justifie des moyens – S’engager à réduire durablement et à prévenir l’insécurité alimentaire des ménages au Québec. Disponible : https://observatoiredesinegalites.com/la-faim-justifie-des-moyens/
- Bergeron P, Reyburn S. L’impact de l’environnement bâti sur l’activité physique, l’alimentation et le poids [En ligne]. Québec, Canada : Institut national de santé publique du Québec; 2010. Disponible : https://www.inspq.qc.ca/publications/1108
- Développement économique Canada [En ligne]. Canada : Gouvernement du Canada; s. d. Hausse du prix du panier d’épicerie : l’achat local peut-il aider à faire baisser la facture? Disponible : https://www.canada.ca/fr/developpement-economique-regions-quebec/blogue/hausse-du-prix-du-panier-d-epicerie-l-achat-local-peut-il-aider-a-faire-baisser-la-facture.html
- Comité stratégique sur les changements climatiques. Intégration des changements climatiques dans les actions de santé publique : document technique à des fins de planification interne au réseau de santé publique. Québec, Canada : Comité stratégique sur les changements climatiques; 2024. [document restreint]
- Chénier G. Améliorer la qualité de l’offre alimentaire dans les commerces de proximité : acheter des aliments sains et frais dans les dépanneurs, pharmacies et petites épiceries, Chantier sur les déterminants sociaux de la santé [En ligne]. Québec, Canada : Centre intégré de santé et de services sociaux de la Montérégie-Centre; 2016. Disponible : https://extranet.santemonteregie.qc.ca/app/uploads/2024/02/fiche-oa-commerces.pdf
La Lunette climatique a été financée par le gouvernement du Québec dans le cadre d’un mandat confié par le ministère de la Santé et des Services sociaux, visant à mettre en œuvre l’action Déployer une stratégie de mobilisation en changements climatiques – volet santé du Plan pour une économie verte 2030.