Lunette climatique

Un outil pour une intégration transversale des changements climatiques en santé publique

Bienvenue dans la Lunette climatique, un outil de mobilisation interactif et clé en main pour les acteurs et actrices en santé publique!

Commencez par consulter le document Questions et réponses pour découvrir comment utiliser la Lunette climatique et en savoir plus sur sa conception. Vous y retrouverez également le glossaire ainsi que la liste des sigles et acronymes.

  • Parcourez les fiches informatives à l’aide des menus déroulants ci-dessous pour explorer les liens entre les changements climatiques et la santé publique. 
  • Compilez vos réflexions dans la grille d'analyse pour identifier les opportunités de considérer les changements climatiques et l'équité dans vos pratiques professionnelles. 

Bonne exploration! 

Pour toute question, communiquez avec nous à : formations.cc@inspq.qc.ca.

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Formulaire d’inscription

Populations ou groupes avec des spécificités liées aux changements climatiques,
Personnes en situation d'itinérance

Mise en contexte

  • Le ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS) définit l’itinérance comme « un processus de désaffiliation sociale et une situation de rupture sociale qui se manifestent par la difficulté pour une personne d’avoir un domicile stable, sécuritaire, adéquat et salubre en raison de la faible disponibilité des logements ou de son incapacité à s’y maintenir, et à la fois, par la difficulté de maintenir des rapports fonctionnels, stables et sécuritaires dans la communauté »1.
  • L’itinérance résulte notamment d’obstacles systémiques et sociaux et de défis individuels ou familiaux1. Les expériences et les trajectoires de l’itinérance sont diverses et complexes, contribuant au caractère singulier de ce phénomène.
  • Il existe plusieurs types d’itinérance, notamment :
    • L’itinérance visible qui se rapporte aux personnes qui n’ont pas accès à un domicile fixe et permanent et qui se retrouvent dans des endroits non conçus pour l’habitation humaine comme des abris de fortune ou des refuges d’urgence.
    • L’itinérance cachée qui se rapporte aux personnes qui trouvent des solutions pour survivre ou camoufler leur situation, par exemple en demeurant temporairement à l’hôtel ou chez des proches.
  • La durée de l’expérience de l’itinérance peut varier et être situationnelle, cyclique ou chronique1 :
    • L’itinérance situationnelle concerne les situations dans lesquelles les personnes sont en difficulté, sans logement stable, temporairement avant de parvenir à se reloger et à développer de nouveaux contacts sociaux. Il s’agirait de la forme la plus répandue.
    • L’itinérance cyclique réfère aux situations où les personnes ne parviennent pas à conserver une stabilité sociale et résidentielle de manière stable. Il s’agit donc d’une répétition, plus ou moins régulière, d’une situation d’itinérance.
    • L’itinérance chronique renvoie à une période prolongée de la situation d’itinérance, laquelle variera selon les contextes.
  • Le phénomène de l’itinérance visible et cachée est en hausse partout dans la province en raison notamment de la hausse du coût de la vie et de la difficulté d’accéder à des logements abordables. Les profils des personnes en situation d’itinérance sont désormais de plus en plus diversifiés (p. ex. personnes aînées ou nouvellement arrivées au Québec)2.
  • Les personnes en situation d’itinérance sont confrontées quotidiennement à plusieurs défis, allant de la recherche d’endroits sécuritaires à l’accès à des services essentiels comme des toilettes, des douches, de la nourriture et des soins. Elles doivent aussi composer avec la stigmatisation et des enjeux de cohabitation sociale3.
  • Au Québec, les Autochtones sont surreprésentés parmi les personnes en situation d’itinérance. Les discriminations vécues par les Autochtones, lesquelles sont notamment liées au colonialisme, aux traumatismes passés, au racisme et à la surjudiciarisation, entraînent des conséquences sur leurs conditions de vie et leur santé, ce qui peut influencer leur passage vers l’itinérance2. À noter que pour les Autochtones, le concept de l’itinérance surpasse l’absence de structures ou de logement et comprend de multiples dimensions telles que la séparation avec les terres autochtones, la déconnexion spirituelle et les pertes culturelles4.

Survol des liens avec les changements climatiques (CC)

  • Les CC s’ajoutent aux nombreux défis auxquels les personnes en situation d’itinérance font face quotidiennement2. Ces conditions climatiques changeantes auront pour effet d’accentuer ou de créer de nouveaux parcours d’itinérance. Par exemple, les événements météorologiques extrêmes (EME), dont la fréquence et l’intensité augmentent, peuvent notamment conduire à des évacuations temporaires ou permanentes, ce qui peut contribuer à la hausse des taux d’itinérance5.
  • Généralement, les personnes en situation d’itinérance sont plus exposées aux aléas climatiques, notamment les variations de température, les précipitations extrêmes, les pollens allergènes, les zoonoses et les inondations, en raison de l’absence de logement stable ou adapté2:
    • Cette exposition accrue aux aléas climatiques peut causer des pertes matérielles et émotionnelles (p. ex. perte de documents légaux à la suite de fortes précipitations ou perte d’un animal de compagnie). Ces pertes matérielles sont généralement essentielles à leur survie et représentent parfois l’intégralité de leurs possessions2.
  • Étant donné la prévalence élevée des maladies chroniques, des problèmes de santé mentale et des troubles de l’usage de substances au sein des populations en situation d’itinérance, leur sensibilité face aux CC est plus importante. Ces derniers peuvent en effet exacerber les problèmes de santé préexistants, créant ainsi une pression supplémentaire sur le réseau de santé et de services sociaux :
    • Par exemple, les risques de mortalité et les impacts sanitaires durant les EME comme les vagues de chaleur ou de froid sont plus élevés chez les personnes qui présentent ces problèmes de santé2,6. Les projections climatiques indiquent que le nombre de jours de froids extrêmes diminuera au Québec en raison de l’augmentation des températures7.
  • Les EME (inondations, précipitations extrêmes) peuvent endommager les infrastructures comme les établissements de santé et de services sociaux et les centres d’hébergement d’urgence, ce qui peut limiter l’accès aux différentes ressources pour tous les individus, incluant les personnes en situation d’itinérance, et ainsi nuire à leur capacité d’adaptation dans un contexte climatique2.
  • Les EME peuvent forcer le déplacement des individus, incluant les personnes en situation d’itinérance. Cela peut ainsi compromettre leur réinsertion sociale advenant la difficulté de poursuivre un suivi avec le personnel professionnel approprié, par exemple2.
  • Les personnes en situation d’itinérance ont plus de difficulté à avoir accès aux ressources matérielles, financières et sociales pour faire face aux CC comme du matériel adapté aux variations de température (p. ex. vêtements chauds)2.

Quelques enjeux liés aux inégalités sociales de santé (ISS)

  • Les personnes en situation d’itinérance font face à de nombreux enjeux de discrimination et d’obstacles systémiques, tels qu’un accès plus limité à des services de santé et des services sociaux, ce qui se répercute directement sur leur santé et leur bien-être. Dans un contexte où ces personnes seront davantage exposées aux aléas climatiques, l’ensemble de ces obstacles contribuera à creuser les ISS auxquelles elles sont déjà confrontées.
  • Des ISS sont observées en matière de capacité d’adaptation aux CC parmi certains sous-groupes de personnes en situation d’itinérance. Notamment, les femmes, les personnes aînées, les personnes de la diversité sexuelle et de genre, les personnes en situation de handicap, les personnes immigrantes et les Autochtones peuvent avoir un accès plus limité à des ressources et à des services, puisque ces derniers ne sont pas nécessairement adaptés à leur réalité2.
  • Les lieux d’évacuation ou de rétablissement, qui sont d’autant plus importants dans un contexte de CC, ne sont pas toujours adaptés aux réalités des personnes itinérantes (p. ex. personnes ayant des troubles mentaux ou qui consomment des substances, celles à mobilité réduite ou accompagnées d’un animal de compagnie, personnes de la diversité de genre).
  • Les personnes en situation d’itinérance font face à plusieurs défis en matière d’information et de communication qui ont pour effet de nuire à leur capacité d’adaptation aux CC :
    • D’abord, leur contexte ne permet pas ou peu l’accès à des canaux d’information et à des moyens de communication qui leur permettraient d’être informées et sensibilisées aux risques climatiques (p. ex. alerte diffusée dans les médias en cas de chaleur extrême)2.
    • Les messages diffusés et les recommandations ne sont généralement pas adaptés aux réalités des personnes en situation d’itinérance (p. ex. mesures individuelles telles que demeurer à l’intérieur lors de canicule pour se protéger de la chaleur).
    • À ces défis s’ajoutent des enjeux de littératie numérique, notamment chez les personnes aînées en situation d’itinérance qui possèdent un niveau plus faible de littératie comparativement aux jeunes et pour les personnes allophones, des enjeux de langues2.

Pistes d'action en santé publique

(P = provincial, RL = régional ou local)

Les professionnels et professionnelles en santé publique peuvent :

  • soutenir les partenaires qui élaborent des plans climat pour qu’ils puissent inclure des mesures appropriées et adaptées aux réalités et aux besoins des personnes en situation d’itinérance8 (RL);
  • collaborer au développement de protocoles d’intervention d’urgence climatique adaptés aux besoins et aux profils variés des personnes en situation d’itinérance2 (RL);
  • soutenir l’adaptation des moyens de communication (p. ex. systèmes d’alerte) et des messages pour rejoindre davantage les personnes en situation d’itinérance (p. ex. par le biais des services de proximité, de travail de rue)2 (P, RL);
  • promouvoir l’adaptation des stratégies de communication des risques : impliquer des membres de la population en situation d’itinérance dans la construction des messages, adapter les messages au niveau de littératie du groupe ciblé, miser sur une tonalité positive axée sur l’espoir en mettant l’accent sur les forces et sur les capacités des personnes en situation d’itinérance, choisir des voies de communication adaptées, choisir des messagers et messagères crédibles, favoriser les communications en amont des événements9 (P, RL);
  • soutenir les initiatives concernant l’accessibilité et l’offre de logements de qualité, abordables et adaptés au climat (soutien aux personnes en situation d’itinérance, favoriser le développement et l’adaptation du logement social, coopératif et communautaire)8 (P, RL);
  • encourager l’aménagement d’îlots de fraîcheur accessibles à la population, dans une logique équitable, durable et inclusive2 (RL) :
    • Pour limiter les risques de maladaptation comme l’écoembourgeoisement et l’amplification des ISS, un ensemble de mesures doit être réfléchi en amont, comme la collaboration intersectorielle et les logements sociaux. À cet effet, la santé publique peut sensibiliser les autorités municipales afin de bien positionner l’ajout de logements sociaux sur leur territoire, notamment par la réalisation d’évaluations d’impact sur la santé (EIS) sur les projets de planification territoriale.
  • soutenir les initiatives visant à offrir ou à répertorier les lieux climatisés ou chauffés accessibles aux personnes en situation d’itinérance2 (RL);
  • sensibiliser le personnel de la santé et des services sociaux, les organismes communautaires, les partenaires et le grand public aux réalités de l’itinérance dans un contexte de CC, notamment pour déconstruire les préjugés et réduire les ISS2 (P, RL);
  • soutenir la mission des organismes communautaires dans les initiatives orientées vers les personnes en situation d’itinérance8 (RL);
  • promouvoir les démarches consultatives et participatives auprès de la population, des personnes ayant vécu une expérience de l’itinérance et des acteurs et actrices communautaires, dans la planification, le démarrage et la mise en œuvre des projets liés au climat (p. ex. coconstruction, participation citoyenne)8 (RL);
  • encourager la reconnaissance et la valorisation des voix des personnes vivant ou ayant vécu une expérience de l’itinérance dans les réflexions et les démarches des projets climatiques (RL).

Considérations importantes

  • Levier :
    • L’approche d’analyse différenciée selon les sexes et intersectionnelle (ADS+) offre un cadre permettant de mieux comprendre les réalités et les besoins des individus en considérant les expériences et les facteurs identitaires et sociaux, ce qui permet de réduire les inégalités des personnes en situation d’itinérance2.
  • Autres considérations :
    • Les solutions d’adaptation aux CC tiennent rarement compte des réalités des personnes en situation d’itinérance, car il existe actuellement un manque de reconnaissance et une sous-représentation de ces personnes dans les actions climatiques, ce qui augmente leur risque face aux changements climatiques2. Le fait d’omettre les personnes en situation d’itinérance dans ces actions contribue à les invisibiliser, les mettant plus à risque face aux CC2. Il en est de même lorsque les actions climatiques concernent les populations à risque de manière uniforme, ignorant les spécificités des différents groupes.
    • Les personnes en situation d’itinérance qui utilisent les espaces publics s’exposent à l’expulsion ou à la judiciarisation. Il importe de considérer les enjeux de cohabitation sociale et d’impliquer les groupes concernés dans les processus2.

Idées de parties prenantes à impliquer

  • Ministères et organismes concernés : MAMH, MESS, MELCCFP, MSSS, MSP, MJQ, MCC, Secrétariat aux relations avec les Premières Nations et les Inuit, Ouranos, INSPQ, Santé Québec, organisateurs et organisatrices communautaires, etc.
  • Municipalités, MRC, communautés métropolitaines et communautés autochtones
  • Comités tactiques locaux sur l’itinérance
  • Universités, chaires de recherche, Observatoire québécois des inégalités
  • Organismes œuvrant en itinérance : Réseau solidarité itinérance du Québec (regroupant 16 concertations régionales en itinérance)
  • Organismes venant en aide aux personnes en situation d’itinérance : refuges, centres de jour, banques alimentaires, organismes en santé mentale et dépendances, etc.
  • Équipes mobiles ou de proximité : travailleurs et travailleuses de rue, etc.
  • Citoyennes et citoyens
  • Pairs aidants et personnes ayant un vécu une expérience d’itinérance

Références 

  1. Ministère de la Santé et des Services sociaux. L’itinérance au Québec – Deuxième portrait [En ligne]. Québec, Canada : Gouvernement du Québec; 2022. Disponible : https://publications.msss.gouv.qc.ca/msss/fichiers/2022/22-846-09W.pdf
  2. Préfontaine A. Impacts différenciés des effets des changements climatiques ainsi que des solutions d’adaptation sur les personnes en situation d’itinérance [En ligne]. Québec, Canada : Observatoire québécois des inégalités; 2024. Disponible : https://www.ouranos.ca/sites/default/files/2024-07/710008-3_Rapport%20Itin%C3%A9rance%20et%20changements%20climatiques%20080724%20OQI%20Final.pdf
  3. Centraide du Grand Montréal [En ligne]. Québec, Canada : Centraide du Grand Montréal; 2025. Disponible : https://www.centraide-mtl.org/blogue/itinerance/
  4. Thistle, J. A. Définition de l’itinérance chez les Autochtones au Canada [En ligne]. Canada : Observatoire canadien sur l’itinérance; 2017. Disponible : https://homelesshub.ca/fr/resource/definition-de-litinerance-chez-les-a…
  5. Hayes K, Cunsolo A, Augustinavicius J, Stranberg R, Clayton S, Malik M, et al. Chapitre 4 – Santé mentale et bien-être. Dans La santé des Canadiens et des Canadiennes dans un climat en changement : faire progresser nos connaissances pour agir [En ligne]. (Dans P. Berry et R. Schnitter [éd.]). Canada : Gouvernement du Canada; 2022. Disponible : https://changingclimate.ca/health-in-a-changing-climate/fr/chapter/4-0/
  6. Demers-Bouffard, D. Les aléas affectés par les changements climatiques : effets sur la santé, vulnérabilités et mesures d’adaptation : synthèse des connaissances [En ligne]. Québec, Canada : Institut national de santé publique du Québec; 2021. Disponible : https://www.inspq.qc.ca/publications/2771
  7. Ouranos [En ligne]. Québec, Canada : Ouranos; s. d. Froids extrêmes – Changements projetés. (s. d.). Disponible : https://www.ouranos.ca/fr/phenomenes-climatiques/froids-extremes-changements-projetes
  8. Comité stratégique sur les changements climatiques. Intégration des changements climatiques dans les actions de santé publique : document technique à des fins de planification interne au réseau de santé publique. Québec, Canada : Comité stratégique sur les changements climatiques; 2024. [document restreint]
  9. Drapeau LM, Bustinza R. Le froid et les personnes en situation d’itinérance : impacts sur leur santé, facteurs de risque, gestion et communication des risques [En ligne]. Québec, Canada : Institut national de santé publique du Québec; 2025. Disponible : https://www.inspq.qc.ca/sites/default/files/publications/3622-froid-itinerance.pdf
Dernière mise à jour :
Plan pour une économie verte

La Lunette climatique a été financée par le gouvernement du Québec dans le cadre d’un mandat confié par le ministère de la Santé et des Services sociaux, visant à mettre en œuvre l’action Déployer une stratégie de mobilisation en changements climatiques – volet santé du Plan pour une économie verte 2030.