Lunette climatique
Un outil pour une intégration transversale des changements climatiques en santé publique
Bienvenue dans la Lunette climatique, un outil de mobilisation interactif et clé en main pour les acteurs et actrices en santé publique!
Commencez par consulter le document Questions et réponses pour découvrir comment utiliser la Lunette climatique et en savoir plus sur sa conception. Vous y retrouverez également le glossaire ainsi que la liste des sigles et acronymes.
- Parcourez les fiches informatives à l’aide des menus déroulants ci-dessous pour explorer les liens entre les changements climatiques et la santé publique.
- Compilez vos réflexions dans la grille d'analyse pour identifier les opportunités de considérer les changements climatiques et l'équité dans vos pratiques professionnelles.
Bonne exploration!
Pour toute question, communiquez avec nous à : formations.cc@inspq.qc.ca.
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Santé environnementale,
Qualité de l'air intérieur
Mise en contexte
- Les Canadiens et Canadiennes passeraient près de 90 % de leur temps à l’intérieur1. La mauvaise qualité de l’air intérieur cause ou aggrave de nombreuses conditions de santé comme l’asthme, les allergies et la maladie pulmonaire obstructive chronique1.
- Plusieurs habitudes de vie comme l’entretien insuffisant des lieux et la consommation de produits de tabac sont nocives pour la qualité de l’air et l’environnement2. Les comportements relatifs à la ventilation (p. ex. utilisation du système de ventilation central, de la hotte de cuisine, du ventilateur d’extraction de la salle de bain, ouverture des fenêtres) influencent également la qualité de l’air intérieur2.
- L’étanchéité des bâtiments à l’air et l’utilisation de la climatisation (habituellement accompagnée de la fermeture des fenêtres) peuvent nuire au renouvellement de l’air, ce qui peut augmenter l’accumulation de contaminants produits à l’intérieur comme les composés organiques volatils (COV) et les particules fines, mais diminuer l’introduction et la concentration des contaminants de l’air extérieur1.
- Une plus grande étanchéité à l’air peut également emprisonner l’humidité dans les habitations, ce qui peut créer de la moisissure et faire proliférer les acariens1. L’exposition à la moisissure est associée à l’irritation des yeux, du nez et de la gorge, à la toux, à la congestion ou l’écoulement nasal, à la respiration sifflante et à l’essoufflement1. Une ventilation adéquate peut toutefois limiter ces conséquences1.
Survol des liens avec les changements climatiques (CC)
- Les CC augmenteront la fréquence des fortes précipitations et des inondations3,4. La pénétration d’eau dans les bâtiments peut rendre le milieu propice à la prolifération des bactéries et de moisissures et affecter l’intégrité des bâtiments1,3,4.
- Les CC augmenteront les journées de forte chaleur et d’humidité. Des conditions plus chaudes et humides auront tendance à favoriser l’émission de certains composés organiques volatils (COV) ainsi que la prolifération de certains micro-organismes tels que les moisissures et les acariens3,4.
- Les CC provoqueront une croissance d’événements météorologiques extrêmes (EME), comme les inondations ou les tempêtes, mettant à risque le réseau hydroélectrique. Lors de pannes d’électricité, certaines personnes ont recours à des génératrices portatives à essence, à des appareils de chauffage au pétrole ou au gaz, à des foyers ou à des appareils de combustion pour préparer les repas (p. ex. barbecue) à l’intérieur des résidences1,3,4. Cette utilisation inappropriée peut entraîner une accumulation importante de contaminants à l’intérieur et exposer les personnes occupantes à des risques sérieux pour la santé, dont l’intoxication au monoxyde de carbone qui peut être mortelle1,3,4. Les pannes d’électricité peuvent aussi rendre les systèmes de ventilation hors d’usage, ce qui augmente la concentration des contaminants dans les milieux intérieurs1.
- Les CC pourraient modifier la présence de certains contaminants dans les milieux intérieurs, notamment le radon, un gaz radioactif d’origine naturelle qui peut s’infiltrer dans les bâtiments. Les impacts des CC sur les sols, les eaux de surface et souterraines et sur les fondations pourraient augmenter cette infiltration et, par conséquent, les concentrations de radon dans les espaces occupés. Par ailleurs, la hausse des journées chaudes, combinée à l’usage accru de la climatisation, peut réduire le recours à la ventilation naturelle et favoriser l’accumulation de ce gaz, particulièrement dans les bâtiments très étanches4.
- Les CC peuvent avoir des effets néfastes sur la qualité de l’air extérieur, ce qui peut se répercuter sur la qualité de l’air intérieur1. Par exemple, les journées de forte chaleur occasionnent une augmentation des concentrations d’ozone troposphérique à l’extérieur (un gaz présent au niveau du sol considéré comme un polluant atmosphérique). Ces événements, tout comme la fumée des feux de forêt, peuvent augmenter la concentration de plusieurs contaminants de l’air intérieur (consulter la section « Qualité de l’air extérieur »)1,3.
Quelques enjeux liés aux inégalités sociales de santé (ISS)
- Les jeunes enfants, les personnes âgées et les personnes de tous âges ayant des problèmes de santé préexistants sont plus sensibles aux impacts de la mauvaise qualité de l’air intérieur1,4.
- Les locataires et les personnes qui disposent de peu de moyens financiers pourraient avoir plus de difficulté à chauffer, à rafraîchir ou à déshumidifier leur habitation ainsi qu’à la rénover et l’adapter en contexte de CC1,3,4.
- Les peuples autochtones pourraient être particulièrement à risque face à la mauvaise qualité de l’air intérieur dans un contexte de CC, en raison des ISS préexistantes résultant de conditions de vie défavorables, telles que le surpeuplement des logements et leur mauvaise qualité. Le tabagisme et d’autres facteurs dans certaines communautés contribuent également à la vulnérabilité des Premières Nations et des Inuit à la mauvaise qualité de l’air intérieur1.
Pistes d'action en santé publique
(P = provincial, RL = régional ou local)
Les professionnels et professionnelles en santé publique peuvent :
- sensibiliser et soutenir des pratiques et des politiques favorables à la qualité de l’air intérieur (p. ex. maîtrise des sources de pollution, cessation tabagique, contrôle de l’humidité, installation et entretien de systèmes de ventilation mécanique, produits à faible teneur en composés organiques volatils, enveloppe de bâtiment étanche à l’air, climatiseurs, filtration, filtres à haut rendement sur les chaudières, avertisseurs de monoxyde carbone)1,4 (P, RL);
- encourager les bonnes pratiques auprès des partenaires telles que l’entretien régulier des bâtiments dont l’enveloppe est susceptible de subir des dommages à la suite d’un EME4 (P, RL);
- soutenir les mesures de réduction et de contrôle de l’émission des contaminants, les mesures d’amélioration de la ventilation et les mesures d’épuration de l’air appuyées par les données probantes4 (P);
- collaborer à l’accessibilité à des logements de qualité, bien entretenus, abordables et adaptés au climat (p. ex. soutien aux personnes en situation d’itinérance, favoriser le développement et l’adaptation du logement social, coopératif et communautaire)5 (P, RL);
- soutenir les municipalités pour l’intégration de processus participatifs tels que la consultation (ou la coconstruction) auprès des groupes concernés, dont les locataires et les personnes à faible revenu, dans la planification et la mise en œuvre de mesures d’adaptation face aux aléas qui peuvent influencer la qualité de l’air intérieur (p. ex. la chaleur, humidité, EME)5 (RL);
- réaliser, collaborer et évaluer des activités de sensibilisation auprès de la population au sujet des mesures de protection à adopter lors d’aléas climatiques (p. ex. chaleur, mauvaise qualité de l’air intérieur) et des mesures d’adaptation des bâtiments aux aléas climatiques (p. ex. chaleur intérieure, inondation)5 (P, RL);
- sensibiliser et informer la population et les différents acteurs et actrices de l’industrie de la construction face aux impacts des émissions de contaminants issus des produits et des matériaux de construction, de décoration et d’ameublement4 (P, RL);
- soutenir la conception et le déploiement de systèmes d’alerte et de réponse en cas d’EME ou d’autres menaces climatiques comme les épisodes de mauvaise qualité de l’air qui tiennent compte des particularités des différents groupes (p. ex. notification météo, systèmes d’avertissements automatisés, systèmes d’alerte téléphonique automatisée, messages de santé publique diffusés dans les médias locaux et régionaux). Le fait d’adapter les communications aux différents groupes ciblés peut éviter d’accroître les ISS (p. ex. personnes avec un faible niveau de littératie ou n’ayant pas accès à des moyens de communication)5 (P, RL);
- réaliser la vigie en lien avec les aléas climatiques, basée sur des données sanitaires (utilisation des services de santé et des services sociaux en contexte d’urgence, stratégies de repérage de problématiques psychosociales en contexte de crise, signalements et maladies à déclaration obligatoire liées au monoxyde de carbone, etc.) et environnementales (protocoles d’échantillonnage et de suivi de la qualité de l’air extérieur, chaleur extrême, crues printanières, etc.)5 (P, RL);
- effectuer des enquêtes épidémiologiques pour repérer et documenter les effets sur la santé d’aléas climatiques ou de mesures d’atténuation ou d’adaptation, afin d’orienter l’intervention (p. ex. intoxications au monoxyde de carbone)5 (P, RL);
- soutenir les actions visant à réduire les concentrations de contaminants de source extérieure (consulter la section « Qualité de l’air extérieur ») et les actions visant à rendre l’environnement extérieur immédiat plus résilient aux CC (P, RL).
Considérations importantes
- Risques de maladaptation :
- Plusieurs dispositifs d’épuration de l’air sont disponibles sur le marché. Bien que certaines technologies pourraient s’avérer utiles dans certains contextes, l’efficacité et l’innocuité de plusieurs d’entre elles n’ont pas été suffisamment démontrées6.
- Certaines solutions individuelles pourraient accroître les ISS, notamment parce que les personnes socioéconomiquement favorisées ont davantage les ressources pour se les procurer. Un ensemble d’actions et de mesures dans une approche d’équité doit donc être envisagé pour favoriser la santé de tous et toutes.
Idées de parties prenantes à impliquer
- Ministères et organismes concernés : MELCCFP, MSSS, INSPQ, MAMH, SHQ, RBQ, MEQ, MSP, Santé Québec
- Municipalités, MRC et communautés autochtones
- Offices municipaux d’habitation
- Organismes sans but lucratif œuvrant en logement
- Établissements d’hébergement ou milieux de vie
- Médias
- Citoyens et citoyennes
Références
- Egyed M, Blagden P, Plummer D, Makar P, Matz C, Flannigan M, et al. Qualité de l’air [En ligne]. Dans La santé des Canadiens et des Canadiennes dans un climat en changement (Dans P. Berry et R. Schnitter [éd.]). Canada : Gouvernement du Canada; 2022. Disponible : https://changingclimate.ca/health-in-a-changing-climate/fr/chapter/5-0/
- Levasseur ME, Leclerc JM, St-Jacques A, Langlois D, Côté-Leclec L, Delaunais G. La qualité de l’air intérieur de votre habitation [En ligne]. Québec, Canada : Institut national de santé publique du Québec; 2017. Disponible : https://www.inspq.qc.ca/qualite-de-l-air-et-salubrite-intervenir-ensemble-dans-l-habitation-au-quebec/outils-pratiques/f-la-qualite-de-l-air-interieur-de-votre-habitation
- Demers-Bouffard D. Les aléas affectés par les changements climatiques : effets sur la santé, vulnérabilités et mesures d’adaptation : synthèse des connaissances [En ligne]. Québec, Canada : Institut national de santé publique du Québec; 2021. Disponible : https://www.inspq.qc.ca/publications/2771
- Poulin P, Levasseur ME, Huppé V. Mesures d’adaptation pour une saine qualité de l’air intérieur dans un contexte de changements climatiques : revue de la littérature [En ligne]. Québec, Canada : Institut national de santé publique du Québec; 2016. Disponible : https://www.inspq.qc.ca/publications/2194
- Comité stratégique sur les changements climatiques. Intégration des changements climatiques dans les actions de santé publique : document technique à des fins de planification interne au réseau de santé publique. Québec, Canada : Comité stratégique sur les changements climatiques; 2024 [document restreint].
- Poulin P, Leclerc JM, Tremblay F. Analyse de l’efficacité des dispositifs d’épuration de l’air intérieur en milieu résidentiel [En ligne]. Québec, Canada : Institut national de santé publique du Québec; 2019. Disponible : https://www.inspq.qc.ca/publications/2543
La Lunette climatique a été financée par le gouvernement du Québec dans le cadre d’un mandat confié par le ministère de la Santé et des Services sociaux, visant à mettre en œuvre l’action Déployer une stratégie de mobilisation en changements climatiques – volet santé du Plan pour une économie verte 2030.