Lunette climatique
Un outil pour une intégration transversale des changements climatiques en santé publique
Bienvenue dans la Lunette climatique, un outil de mobilisation interactif et clé en main pour les acteurs et actrices en santé publique!
Commencez par consulter le document Questions et réponses pour découvrir comment utiliser la Lunette climatique et en savoir plus sur sa conception. Vous y retrouverez également le glossaire ainsi que la liste des sigles et acronymes.
- Parcourez les fiches informatives à l’aide des menus déroulants ci-dessous pour explorer les liens entre les changements climatiques et la santé publique.
- Compilez vos réflexions dans la grille d'analyse pour identifier les opportunités de considérer les changements climatiques et l'équité dans vos pratiques professionnelles.
Bonne exploration!
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Mode de vie physiquement actif,
Activité physique de loisirs
Mise en contexte
- L’activité physique se répartit en quatre grands domaines : les loisirs, le transport actif, le travail et les activités domestiques1. L’information suivante concerne principalement le premier domaine qui renvoie aux activités physiques réalisées dans un but récréatif (consulter la section « Transport et mobilité durable » pour de l’information complémentaire sur la promotion d’un mode de vie physiquement actif).
- À tout âge, l’activité physique contribue à l’amélioration et au maintien de la condition physique. Elle participe à la prévention de l’ostéoporose et au maintien de la masse musculaire1. Elle diminue les symptômes de l’anxiété et favorise les fonctions cognitives et un meilleur sommeil1 :
- Chez les jeunes, l’activité physique contribue au développement des habiletés motrices et à la réussite scolaire, en plus de contribuer à l’amélioration et au maintien de la santé osseuse et cardiovasculaire1.
- Chez les adultes et les personnes aînées, l’activité physique est associée à une diminution des symptômes dépressifs, du risque de chute, de certaines fractures et de plusieurs maladies comme les maladies coronariennes et certains cancers1.
- Au Québec, de plus en plus de personnes âgées de 15 ans et plus n’atteignent pas le niveau d’activité physique recommandé2. En plus de cette augmentation de l’inactivité, l’utilisation accrue des écrans, notamment chez les jeunes du secondaire, accentue les comportements sédentaires, lesquels sont également associés à des effets néfastes sur la santé et le bien-être3.
- L’environnement bâti peut favoriser la pratique d’activités physiques de loisirs4–6. Des infrastructures récréatives et sportives ainsi que des espaces de plein air de proximité (p. ex. parcs, espaces verts) facilement accessibles semblent associés à la pratique d’activités physiques, tant chez les enfants et les adolescents et adolescentes que chez les adultes et les personnes aînées5,7. De plus, les espaces récréatifs facilitent les interactions sociales et favorisent le développement des comportements prosociaux comme l’entraide, contribuant ainsi à la santé mentale et au bien-être8.
Survol des liens avec les changements climatiques (CC)
- Les effets des CC sur la pratique d’activités physiques sont variables. Ils peuvent, d’une part, nuire à celle-ci et d’autre part, générer des opportunités. Par exemple :
- Les aléas climatiques qui augmenteront en fréquence et en intensité tels que les vagues de chaleur accablante, les épisodes de gel-dégel et l’augmentation des pollens allergènes pourraient affecter la pratique d’activités physiques, particulièrement celles qui se réalisent à l’extérieur. Les effets de ces aléas climatiques peuvent rendre la pratique d’activités physiques moins sécuritaire et moins attrayante, influençant le maintien des habitudes liées au mode de vie physiquement actif9,10.
- En cas de chaleur extrême ou de fumée de feux de forêt, les personnes peuvent d’elles-mêmes s’abstenir de faire de l’activité physique, ou encore les activités sportives organisées peuvent être annulées ou remises pour prévenir les impacts sur la santé des personnes participantes. En contexte de sport organisé, certains risques reliés à la chaleur seront présents autant chez les personnes qui pratiquent les sports que chez toutes les personnes présentes sur le terrain (p. ex. les personnes accompagnatrices).
- Selon leur intensité et leur récurrence, les aléas climatiques peuvent augmenter les risques de déshydratation, de coups de chaleur, de problèmes respiratoires, de blessures, en plus de réduire les opportunités d’interactions sociales9.
- Les variations de température, notamment les épisodes de gel-dégel et les précipitations sous forme de pluie en hiver, peuvent restreindre l’accès à des pratiques saisonnières11,12. Des hivers plus doux peuvent compliquer la pratique du ski ou du patinage extérieur11. De plus, les espaces dédiés à la pratique de loisirs et de sports hivernaux, comme les patinoires extérieures et les centres de skis de fond et alpin, en subiront les conséquences et les coûts associés aux infrastructures et à l’entretien11,12.
- À l’inverse, ces variations de température auront aussi un effet sur le prolongement de la saison estivale et, donc, sur le nombre de journées propices à la réalisation de certaines activités extérieures. Cela pourrait inciter les individus à modifier leurs habitudes et à être plus actifs9,10.
- Selon les habitudes de vie, la pratique prolongée des activités à l’extérieur pourrait augmenter le risque d’exposition aux tiques porteuses de maladies (consulter la section « Maladies transmises par les tiques »).
- Les effets des CC sur les précipitations entraîneront autant des hausses que des baisses de niveau des eaux de surfaces (lacs et rivières) situées sur les sites récréatifs de plein air et pourront affecter les activités qui peuvent y être pratiquées de façon sécuritaire. Ces phénomènes sont susceptibles d’affecter la qualité de l’eau, notamment par l’augmentation de la concentration de contaminants, et d’entraîner l’érosion des sentiers, des berges et des plages12–14.
- Des infrastructures et des équipements sportifs peuvent être endommagés de façon temporaire ou permanente par des aléas climatiques (p. ex. tempête, inondation, érosion) pouvant les rendre inutilisables ou non sécuritaires11.
- La pratique de certaines activités et la promotion de milieux de vie favorables au mode de vie physiquement actif peuvent influencer les émissions de gaz à effet de serre (GES) à la hausse ou à la baisse :
- Certaines habitudes liées à la pratique d’activités récréatives ou sportives peuvent contribuer aux émissions de GES par la combustion fossile qui y est liée11 (p. ex. effectuer de grands déplacements pour pratiquer une activité physique, déplacements en avion pour des compétitions sportives). Les effets des CC pourraient potentiellement modifier les habitudes de certains individus (p. ex. se déplacer plus loin pour avoir accès à un centre de ski alpin) et la manière dont les milieux devront s’adapter pour assurer la continuité de l’offre de services (p. ex. réfrigération des patinoires extérieures).
- Certaines caractéristiques de l’environnement bâti telles que le potentiel piétonnier du quartier, la présence de trottoirs, de sentiers et de pistes cyclables, sont favorables à la fois aux activités physiques de loisirs et à la mobilité active4,6,15. Les déplacements actifs constituent également un moyen de lutter contre les changements climatiques, en plus d’avoir des bénéfices importants pour la santé. Le transport actif contribue à réduire les émissions de GES et de polluants atmosphériques en réduisant le nombre de véhicules en circulation (consulter la section « Transport et mobilité durable »)10.
- Les infrastructures de loisirs et de sports peuvent favoriser ou nuire à l’adaptation aux CC :
- Les espaces de loisirs et de sports bien aménagés peuvent contribuer à l’adaptation face aux CC et favoriser l’activité physique malgré les risques climatiques. Par exemple, des espaces extérieurs ombragés et des espaces intérieurs frais et adéquatement ventilés peuvent contribuer à minimiser les risques liés à la chaleur8,11. Les plages, les piscines et les jeux d’eau offrent également des occasions de rafraîchissement, ce qui favorise l’adaptation aux vagues de chaleur accablante8.
- Certaines caractéristiques des espaces de loisirs et de sports peuvent toutefois augmenter les risques liés aux CC8. Par exemple, les terrains synthétiques accentuent les risques de stress thermique par temps chaud, car ils retiennent davantage la chaleur que la pelouse naturelle8. Les structures métalliques, les glissades, les surfaces en caoutchouc et les gazons artificiels exposés au soleil peuvent causer des brûlures, particulièrement chez les jeunes enfants8.
Quelques enjeux liés aux inégalités sociales de santé (ISS)
- Les CC et leurs effets ont le potentiel d’amplifier les ISS existantes qui résultent généralement de l’interaction de divers processus sociaux. Certains groupes de la population, ou personnes faisant partie de ces groupes, sont plus à risque face aux CC en raison d’une plus grande sensibilité ou exposition aux aléas, ou parce qu’ils possèdent moins de ressources pour y faire face (capacité d’adaptation)16. C’est notamment le cas pour les femmes, les personnes ayant des incapacités et les personnes à faible revenu16.
- À ces inégalités s’ajoutent des obstacles en lien avec la pratique d’activités physiques, auxquels certaines personnes appartenant à ces groupes peuvent être confrontées, bien que la nature et l’ampleur des obstacles diffèrent d’une personne à l’autre. Voici quelques exemples :
- Les femmes sont moins nombreuses que les hommes à atteindre les recommandations en matière d’activité physique17. Elles sont plus susceptibles de rencontrer des obstacles en matière d’accessibilité aux espaces publics, comparativement aux hommes. Notamment, la perception de sécurité (p. ex. éclairage nocturne des lieux), la présence et la configuration de certaines infrastructures (p. ex. toilettes publiques, salles d’allaitement) influencent leur fréquentation des espaces publics et, donc, leur mobilité18.
- Les personnes ayant des incapacités sont plus nombreuses à être inactives physiquement. Le manque d’accessibilité à des infrastructures récréatives, sportives et de transport actif constitue un frein à la mobilité active, influençant ainsi la pratique d’activités physiques. Cela peut amplifier les ISS15.
- Les ménages à faible revenu sont plus susceptibles d’être moins actifs physiquement durant leurs loisirs que les autres ménages en raison de certaines contraintes, comme des ressources financières limitées5,17. De plus, le coût associé à certaines stratégies d’adaptation individuelle face aux CC, comme la pratique d’activités physiques dans des espaces climatisés pendant les vagues de chaleur accablante, peut constituer une barrière17.
- La défavorisation matérielle et sociale ainsi que le faible niveau de scolarité sont négativement associés à l’atteinte des niveaux d’activité physique recommandée1,17:
- En Amérique du Nord, les infrastructures de sports et de loisirs seraient plus rares dans les quartiers défavorisés6,8,19.
- Les régions rurales ou éloignées, incluant certaines communautés autochtones en région éloignée, pourraient avoir plus de difficulté à gérer les impacts des CC lorsqu’elles doivent composer avec des ressources financières, sanitaires et sociales limitées9:
- La pratique d’activités physiques pourrait en être influencée, selon le contexte de certaines régions ou municipalités étant davantage exposées à des aléas climatiques (p. ex. chaleur, érosion côtière, épisodes de gel-dégel).
- L’offre d’infrastructures extérieures à vocation récréative, étant déjà plus limitée dans certaines zones rurales ou éloignées en raison de la faible densité de population et du manque de ressources financières et humaines8, pourrait potentiellement être affectée par les effets des CC.
Pistes d'action en santé publique
(P = provincial, RL = régional ou local)
Les professionnels et professionnelles en santé publique peuvent :
- collaborer à la révision et à la planification liées aux outils réglementaires en aménagement du territoire aux échelles régionale et municipale (p. ex. évaluations d’impact sur la santé [EIS] pour la création et l’aménagement d’espaces récréatifs résilients aux CC)20 (RL);
- collaborer avec les partenaires pour planifier et mettre en œuvre des stratégies visant la mixité des usages et l’accès aux services, pour un meilleur accès aux infrastructures de loisirs et de sports, faciliter le vieillissement actif et ainsi favoriser la résilience face aux CC20 (RL);
- soutenir les partenaires pour l’adaptation des infrastructures de loisirs et de sports, afin de les rendre plus résistantes aux impacts des événements météorologiques extrêmes et plus adaptées aux aléas climatiques, tout en considérant les populations en situation de vulnérabilité (p. ex. verdissement, déminéralisation, espaces ombragés et points d’eau dans les lieux publics, choix de matériaux qui conduisent peu la chaleur dans les parcs)20 (P, RL);
- encourager l’offre d’infrastructures favorables aux activités physiques de loisirs et aux transports actifs dans une perspective de résilience climatique (p. ex. adaptées aux risques climatiques locaux) (consulter la section « Transport et mobilité durable ») (P, RL);
- promouvoir les bienfaits associés aux infrastructures vertes, aux trames vertes et aux espaces verts et bleus de proximité pour l’adaptation aux CC (p. ex. zones ombragées et points d’eau pour réduire les risques liés à la chaleur), notamment sur la santé mentale, physique et sociale20 (consulter la section « Espaces verts ») (P, RL);
- encourager la résilience saisonnière, c’est-à-dire de créer des espaces favorables à la pratique d’activités physiques utilisables toute l’année et encourager les activités hivernales inspirées des jeux et des sports estivaux comme les jeux de palets, le frisbee-golf, le soccer ou le hockey-bottine qui peuvent être pratiquées même lorsqu’il n’y a pas de neige ou de glace21 (RL);
- sensibiliser la population quant aux risques climatiques, leurs effets sur la santé et des moyens pour s’y protéger20 et collaborer à la distribution de ressources de protection essentielles (p. ex. crème solaire, points d’eau, chasse-moustique) (RL);
- sensibiliser la population à l’adaptation de la pratique d’activités physiques selon les risques climatiques (p. ex. adapter la pratique sportive en période de chaleur ou lors de présence de fumée de feux de forêt)20 (RL);
- collaborer à la planification et à la mise sur pied d’activités d’animation communautaire adaptées aux conditions climatiques qui incluent l’activité physique et contribuent à la construction du tissu social et de la résilience communautaire21 (RL);
- promouvoir et adopter une approche participative pour la conception de nouveaux lieux publics et de loisirs en incluant une grande diversité d’acteurs et actrices, dont la population et des personnes en situation de vulnérabilité, afin de prendre en considération les besoins diversifiés des usagers et usagères8 (RL);
- déployer des actions intégrées de promotion de la santé et de prévention chez les jeunes d’âge scolaire, selon l’approche École en santé22 et le référent ÉKIP23, notamment pour aborder la pratique d’activités physiques, l’utilisation équilibrée des écrans et la création d’environnements favorables aux saines habitudes de vie en contexte scolaire24 (P, RL).
Considérations importantes
- Risque de maladaptation :
- Les projets de verdissement ou d’infrastructures vertes favorables à l’activité physique comportent certains risques de maladaptation tels que l’écoembourgeoisement, qui a pour effet d’augmenter les valeurs des propriétés environnantes et le coût des loyers en raison de l’attractivité des quartiers. Pour le prévenir, un ensemble de mesures comme celles qui visent à préserver la mixité sociale doit être réfléchi en amont des projets25 (consulter la section « Espaces verts »).
- Leviers :
- Certaines interventions pourraient favoriser les bienfaits sur la pratique d’activités physiques de loisirs liés à l’environnement bâti telles que la promotion continue des infrastructures, l’animation, la programmation d’activités, le soutien des bénévoles et l’entretien des infrastructures5.
- Les études ne permettent pas d’évaluer l’impact sur les inégalités sociales de santé des interventions sur les aménagements de loisirs et de sports, mais l’approche intersectorielle et participative serait à privilégier pour favoriser l’équité en santé5.
- Autres considérations :
- Même en présence d’infrastructures accessibles, d’autres barrières comme le stress lié à la précarité et les responsabilités professionnelles et familiales peuvent limiter la pratique d’activités physiques17.
- Les infrastructures dédiées à la pratique d’activités physiques peuvent être géographiquement accessibles, mais inutilisables par certaines personnes. Les principes de l’accessibilité universelle sont à privilégier pour faciliter l’accès à tous et toutes, notamment les personnes aînées, les familles avec des enfants en poussette et les personnes à mobilité réduite ou ayant des incapacités8.
Idées de parties prenantes à impliquer
- Ministères et organismes concernés : MELCCFP, MSSS, MEQ, MTMD, MTOUR, MAMH, SEPAQ, INSPQ, Santé Québec, etc.
- Ouranos
- Tables intersectorielles régionales en saines habitudes de vie, Table sur le mode de vie physiquement actif, etc.
- Associations touristiques régionales, associations touristiques sectorielles, Alliance de l’industrie touristique, etc.
- Milieux scolaires et milieux de garde éducatifs
- Municipalités, MRC, communautés métropolitaines et communautés autochtones
- Organismes à but non lucratif et associations : centres de gestions des déplacements, Conseil québécois du loisir, Réseau des unités régionales de loisir et de sport, Réseau du sport étudiant du Québec, clubs sportifs, fédérations sportives, Fédération de l’âge d’or du Québec, Association québécoise pour le loisir des personnes handicapées, etc.
Références
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- Lapointe M. Verdissement urbain et embourgeoisement : guide à l’intention des municipalités pour promouvoir un verdissement équitable [En ligne]. Québec, Canada : Institut national de santé publique du Québec; 2024. Disponible : https://www.inspq.qc.ca/publications/3443
La Lunette climatique a été financée par le gouvernement du Québec dans le cadre d’un mandat confié par le ministère de la Santé et des Services sociaux, visant à mettre en œuvre l’action Déployer une stratégie de mobilisation en changements climatiques – volet santé du Plan pour une économie verte 2030.